Lettre de JY Le Gall au Ministre de l’Education Nationale
Monsieur le Ministre de l’Education Nationale,
vous avez au cours de ces derniers mois mis en place des changements dans toutes les directions au sein de l’école maternelle et élémentaire. Nous y voyons une entreprise de démantèlement de l’Education Nationale telle que nous la concevons. Base Elèves est un élément de ce dispositif.
Vous avez dit vous-même en Juin 2008 à l’Assemblée Nationale qu’à un certain moment de son éla-boration vous aviez considéré ce fichier comme “profondément liberticide”.
C’est toujours notre sentiment. Et ce sont les seuls de vos propos dans lesquels nous nous retrou-vons. Cet aveu renforce encore plus nos craintes. En effet Base Elèves est profondément liberticide.
À partir du moment où les élèves sont rentrés dans le fichier, tout est possible, y compris le pire… et il y a lieu de s’inquiéter de cela dans un monde où la vie privée des personnes est de plus en plus difficile à protéger. La multiplication des instruments de contrôle social est déjà très inquiétante… mais élargir ceux-ci à l’enfance est proprement intolérable. Les enfants ne sont pas des citoyens et n’ont pas le statut juridique pour rendre des comptes à la collectivité. Ils doivent être protégés et non fichés. Or dans Base Elèves, ils sont inscrits d’autorité sans que le droit d’opposition de leurs parents ne puisse s’appliquer.
Base Élèves n’est pas non plus une aide pour notre travail administratif. Dans la liste des nombreu-ses revendications pour l’amélioration de notre métier, un fichier centralisé n’a jamais été demandé ni même évoqué. Par ailleurs, ce dispositif n’a aucune vocation à réaliser l’objectif ministériel prioritai-re, à savoir lutter contre l’échec scolaire et ne permettra en rien d’améliorer la réussite scolaire de nos élèves.
Aujourd’hui, comme 171 directeurs signataires de l’Appel à la résistance citoyenne contre le fichage des enfants dont une quinzaine dans l’Isère, je refuse d’entrer les élèves de mon école dans Base Elèves.
Par notre action, nous ne sommes que les porte-parole de tous les enseignants, de tous les citoyens et de tous les parents qui se sont largement exprimés contre Base Elèves.
Nous affirmons qu’il n’y a aucune nécessité à ce que des données nominatives sortent des écoles.
Ce fichier a été imposé sans concertation ni débat démocratique. Sa mise en place n’a pu s’organiser que par l’absence d’information ou une information très tardive et incomplète aux familles et aux enseignants et par les menaces et les sanctions à l’encontre des directeurs. Il est pourtant un pas décisif dans l’histoire du fichage : il est obligatoire dès 3 ans, comporte la domiciliation actuali-sée, l’école ou la classe qui peuvent renseigner sur une appartenance religieuse ou un handicap, il est partagé avec les mairies et permet l’immatriculation de la jeunesse pour 35 ans.
Madame l’Inspectrice d’Académie,
vous allez proposer à la CAPD du 3 février le retrait de mon emploi de directeur refusant Base élè-ves. Par votre choix vous indiquerez si, dans l’Education Nationale, se mettent en place des systè-mes de contrôle et de répression qui ne tolèrent plus aucune expression de cas de conscience, au-cun questionnement, pourtant nécessaire dans toute communauté éducative.
Jean Yves Le Gall
29 janvier 2009
Réunion publique Charantonnay le 5 février à 20h30
Lire ici l’invitation à une réunion publique le 5 février à 20h30 à Charantonnay






